Lettre au disciple - Al Ghazali - Edition Al Bouraq

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    Lettre au disciple

    Introduit, annoté et traduit par Hassan Boutaleb

    Al Ghazali

    Edition Al Bouraq

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    Extrait du livre : 

    "   LETTRE AU DISCIPLE

    Ô mon fils, les paroles et les actes doivent être conformes à la loi divine, car lorsque la science et les œuvres sont en contradiction avec cette dernière, elles conduisent à l’égarement. Il ne faut pas te laisser séduire par les allocutions théopathiques (al-shath) et par les vagissements des soufis, car parcourir leur voie signifie lutter, supprimer son appétit, anéantir ses passions au moyen du glaive des exercices spirituels, et non se laisser émouvoir ou séduire par leur extravagances.

    Sache que la langue débridée et le cœur distrait par de futiles désirs sont des signes funestes (al-shaqâwa). Si tu ne luttes pas sérieusement et sincèrement pour anéantir les appétits de l’âme, ton cœur ne sera pas vivifié par les lumières de la Connaissance (anwâr al-ma’rifa).

    Cela dit, sache qu’on ne peut donner de réponse verbale ou écrite adéquate à certaines de tes questions. Si tu parviens à cet état spirituel (où ton cœur est inondé de lumière), alors tu en percevras le sens ; autrement, il est impossible d’en percer le sens car il s’agit de choses qui relèvent de l’expérience spirituelle. Tout ce qui relève du « goût spirituel » ne peut être décrit convenablement par la parole, tout comme la douceur de ce qui est doux et l’amertume de ce qui est amer ne peuvent être connue que par le goût.

    On raconte qu’un impuissant écrivit à un ami lui demandant de lui expliquer le plaisir de l’union sexuelle. Ce dernier lui répondit : « Mon cher, je te croyais uniquement impuissant, or je constate maintenant que tu es aussi impuissant que sot ! Car il s’agit d’un plaisir que l’on ne connaît que pour l’avoir goûté : si tu l’éprouves, tu le connais ; sinon sa description verbale ou écrite est inadaptée. »

    Ô mon fils, certaines de tes questions sont justement du même genre ; quant à celles auxquelles on peut répondre, nous en avons déjà traité dans notre Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn et ailleurs."

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